Derrière le désir d’offrir un foyer à un enfant vulnérable se cache parfois une réalité bien plus complexe. En Haïti, l’adoption internationale s’est développée dans un contexte marqué par l’instabilité politique, la pauvreté extrême et les défaillances institutionnelles. Entre bonnes intentions affichées et dérives documentées, ce système soulève des questions essentielles : comment distinguer l’aide humanitaire authentique des pratiques qui transforment la vulnérabilité en opportunité économique ? Cet article explore les mécanismes par lesquels l’adoption peut basculer vers le trafic d’enfants, examine le rôle des différents acteurs impliqués, et interroge les conséquences de ce phénomène sur les familles haïtiennes et les enfants concernés.
A savoir avant de lire
La situation en Haïti est grave.
Comment le peuple haïtien peut-il être privé de sa souveraineté, de son identité et de sa dignité en toute impunité ? Comment peut-on regarder le pays sombrer les bras croisés avec des vagues excuses ? Comment les médias peuvent-ils taire ou falsifier la vérité ?
La réalité du peuple haïtien questionne la notion même d’humanité.
Malgré les conditions difficiles, des femmes et des hommes courageux agissent chaque jour pour que le pays résiste et se développe malgré tout. Vous pouvez voir des exemples dans les parties interviews et projets de ce site. Les articles exposent de façon factuelle la réalité en Haïti. Les interviews et les projets apportent des pistes de solution ainsi qu’une vision nuancée d’Haïti.
Sommaire
L’adoption internationale, un trafic d’enfants déguisé ?
- Combien de personnes adoptées recherchant leur origine se sont rendues compte qu’elles n’avaient jamais été orphelines ou abandonnées et que leur famille les cherchait depuis des années ?
- Combien de parents ont été abusés lorsque des religieux, des organisations humanitaires ou d’autres acteurs leur ont volé leur(s) enfant(s) tout en promettant un meilleur avenir pour eux et des retrouvailles prochaines alors que l’adoption internationale plénière ne leur permettait pas de tenir leur promesse ?
- Combien de parents adoptants ont été abusés lorsqu’ils ont adopté un enfant qu’il croyait sans famille et sans ressources ?
- Combien de personnes se sont enrichies sur cette trahison commise mondialement pendant plusieurs décennies ?
- Combien d’institutions ont tiré profit de ce trafic d’enfants ? De quelle nature était ces profits ? Etait-ce seulement des profits financiers ?
- Des milliers d’enfants ont été trafiqués de par le monde. En plus du nombre de vies brisées et trahies, quelle est l’étendue réelle des conséquences de ce trafic ? Au niveau personnel d’abord, mais également au niveau sociétal et culturel.
Le phénomène est connu et a fait l’objet d’enquêtes, de recherches et de rapports sans conséquences pour les millions de personnes concernées. Dans son article sur les conséquences des adoptions illégales transnationales, Elvira C Loibl (2021) explique que « la criminalité au sein du système d’adoption internationale est bien documentée. De nombreuses études et rapports décrivent les moyens et méthodes illégaux par lesquels les enfants sont obtenus à des fins d’adoption (Loibl, 2019; Maskew, 2004; Smolin, 2006; Stuy, 2014′). Par exemple, les enfants sont achetés à leur famille appauvrie ou enlevés à leur domicile, dans la rue ou dans des institutions de garde d’enfants; ou les parents biologiques vulnérables sont contraints ou reçoivent des informations trompeuses afin d’obtenir leur consentement pour une adoption (Dickens, 2002; King, 2012; Meier, 2008; Smolin 2006′). Les enfants obtenus illégalement sont ensuite ‘blanchis’ à travers le système d’adoption : leurs certificats de naissance et autres documents nécessaires à une adoption sont falsifiés ou fabriqués afin de cacher leur origine illégale et de les identifier comme orphelins abandonnés légalement (Loibl, 2020; Smolin, 2006′).
(…) Des recherches antérieures ont identifié et expliqué les nombreux facteurs au sein des systèmes d’adoption internationale des pays d’accueil qui favorisent les pratiques d’adoption illégales (Loibl, 2019 ; Smolin, 2006). La motivation financière et idéologique des agences d’adoption à placer autant d’enfants que possible, le flux illimité d’argent occidental dans les pays d’origine pauvres où il incite les acteurs à obtenir illégalement des enfants à adopter, le faible suivi et contrôle des représentants étrangers et des partenaires de coopération et la confiance aveugle dans l’intégrité des pays d’origine qui ont ratifié la Convention de La Haye sont des faiblesses structurelles qui continueront d’encourager les violations des droits de l’homme dans le système d’adoption internationale (Loibl, 2019′). »
Quelle est la réalité de l’adoption en Haïti ?
Selon le rapport de 2023 du Global Slavery Index, en termes de prévalence de l’esclavage moderne, Haïti se classe 2e dans les Amériques.
Bien que le trafic d’enfants via l’adoption internationale soit mondial et historique, cet article se concentre sur la réalité haïtienne actuelle. C’est surtout depuis le tremblement de terre de 2010 que le sujet est revenu dans l’actualité.
Un rapport de LUMOS de 2017 sur le financement des orphelinats haïtiens au détriment des droits de l’enfant « estime que 30 000 enfants vivent dans environ 750 orphelinats principalement privés et financés en Haïti. Le Gouvernement haïtien estime que 80% des enfants dans les orphelinats ont au moins un parent vivant, et presque tous ont d’autres membres de la famille. La pauvreté, le manque d’accès aux services de base et le désir d’offrir une éducation poussent les parents et les soignants à placer leurs enfants dans des orphelinats. Avec un soutien adéquat, de nombreux enfants pourraient retourner dans des structures familiales et communautaires, et les familles à risque pourraient être renforcées pour prévenir la séparation dès le départ. Plus de 80 ans de recherche démontrent les dommages physiques, sociaux et psychologiques causés par l’éducation des enfants dans les orphelinats et que les solutions familiales réduisent le risque de maltraitance et entraînent de meilleurs résultats pour les enfants. »
Selon le même rapport, « les relations entre les agences d’adoption et les crèches – centres pour enfants ayant pour objectif l’adoption – alimentent également le système des orphelinats en Haïti.
Les crèches peuvent être gérées de manière indépendante ou par des prestataires de services d’adoption étrangers (ASP), et Lumos a déjà documenté des parents adoptifs potentiels fournissant aux orphelinats « de l’argent comme ‘aide humanitaire’ en plus des frais d’adoption et de visite ». Ces dernières années, l’IBESR (Institut du Bien-Être Social et de la Recherche) a réalisé des progrès concernant l’adoption internationale et, en 2012, Haïti a ratifié la Convention de La Haye sur l’adoption. Mais les agences d’adoption ont été soupçonnées de financer les orphelinats et les maisons d’enfants pour encourager le recrutement d’enfants auprès de leurs parents afin de les adopter au niveau international. »
Selon ce rapport, l’aide humanitaire et le système de l’adoption participent au trafic d’enfants en Haïti.
(Voir article de Nadia d’Or Le trafic d’enfants en Haïti )
« Dans le cadre du modèle économique des orphelinats, le recrutement d’enfants dans les orphelinats à des fins d’exploitation est une forme de traite d’êtres humains qui n’est actuellement pas contrôlée. (…) la fabrication d’orphelins avec une documentation frauduleuse et l’exploitation qui s’ensuit pour les enfants dans les orphelinats correspondent à l’interprétation actuelle de la définition de la traite des êtres humains telle que décrite dans le Protocole des Nations Unies sur la lutte contre la traite des personnes (TIP). Le financement en ligne par le biais de parrainage d’enfants alimente ce modèle, car les orphelinats tentent de montrer un besoin perçu continu d’enfants en augmentant leur nombre. Malgré leurs intentions majoritairement bonnes, les bénévoles des orphelinats et les participants aux missions fournissent la demande d’opportunités pour visiter des ‘orphelins’, ce qui augmente le besoin d’approvisionnement : les enfants. Cette demande incite à la traite. »
L’enfer est pavé de bonnes intentions…
« Les adoptions illégales, à savoir les adoptions qui sont le résultat de crimes tels que l’enlèvement, la vente et la traite d’enfants ou qui impliquent la commission d’autres actes illégaux ou pratiques illicites comme l’absence de consentement des parents biologiques, la fraude et des gains financiers indus, violent de nombreux principes et normes relatifs aux droits de l’enfant, y compris le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant. »
Conclusion du rapport de 2016 de la Rapporteuse spéciale sur la vente d’enfants du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies
En Haïti, la plupart du temps, l’enfer est pavé de mauvaises intentions qui se camouflent derrière de bonnes intentions. C’est pourquoi la coopération au développement/l’aide humanitaire et la corruption sont liées et interdépendantes.
(Voir l’article d’Yvon Janvier La Corruption dans l’aide Humanitaire en Haïti )
L’effet Cobra et le trafic d’enfants en Haïti : quand l’humanitaire nourrit le crime
L’effet Cobra est un phénomène économique et social où une intervention, souvent bien intentionnée, produit des conséquences inverses à celles escomptées. Le terme tire son origine d’une anecdote coloniale à Delhi où, pour éradiquer la population de cobras, les autorités britanniques offrirent une prime pour chaque cobra tué. Cela incita certaines personnes à élever des cobras pour toucher la prime. Lorsque ce stratagème fut découvert, les éleveurs relâchèrent les serpents, aggravant ainsi le problème initial. Ce mécanisme illustre l’adage populaire « l’enfer est pavé de bonnes intentions ».
Ce concept s’applique à la situation de l’adoption internationale en Haïti où l’aide humanitaire et les efforts pour protéger les enfants ont contribué à alimenter un système défaillant. Selon le rapport de Lumos (2017), au moins 70 millions de dollars américains sont accordés annuellement aux orphelinats haïtiens. Le financement lié au nombre d’enfants hébergés incite certains organismes ou individus à séparer des enfants de leurs familles, créant ainsi des orphelins artificiels. Cette logique économique a transformé l’aide humanitaire en moteur d’une industrie où des orphelinats, souvent non régulés, prospèrent sur la vulnérabilité des familles.
L’intensification de ce phénomène a été particulièrement visible après le séisme de 2010. Face à l’urgence humanitaire, les contrôles sur les adoptions internationales ont été assouplis, doublant en quelques mois le nombre des adoptions et également des orphelinats. Seulement 35 des 756 maisons d’enfants recensées à travers le pays sont munies d’une autorisation de fonctionnement, mais toutes captent des financements (Lumos, 2017). Cette période a été marquée par des accusations de trafic d’enfants qui suggèrent l’ampleur du dysfonctionnement.
« Bien que l’urgence humanitaire et le déplacement massif suite au tremblement de terre de 2010 aient eu un énorme impact sur les enfants, la réponse initiale de la philanthropie privée n’a pas été de se concentrer sur des solutions durables pour renforcer les familles et les communautés. Au lieu de cela, en raison d’une crise perçue des ‘orphelins’ résultant de l’urgence, Haïti a connu une augmentation d’au moins 150 % du nombre d’orphelinats. Ceux-ci sont depuis devenus la réponse internationale privilégiée à la vulnérabilité des enfants, sapant les efforts au niveau national pour créer un système de protection de l’enfance et de bien-être social plus large. »
Les conclusions du rapport de LUMOS sont inquiétantes. L’aide humanitaire et le système de l’adoption internationale favorisent le trafic d’enfants en Haïti et créant une demande et en finançant une solution.
Lorsqu’une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure. (loi de Goodhart)
Ici, l’intention affichée de sauver des enfants abandonnés se mesure par le nombre d’adoptions et le nombre d’enfants en orphelinat. Un objectif avec pour conséquences directes la fabrication d’orphelins et la séparation des familles. Les gérants promettent un logement ou de l’argent sous prétexte de parrainage, incitant ainsi trompeusement des familles pauvres à placer « temporairement » leurs enfants, qui sont ensuite adoptés et envoyés à l’étranger de façon définitive.
Malgré des réformes législatives engagées à partir de 2012 pour mieux contrôler les adoptions, la majorité des orphelinats haïtiens restent non enregistrés, et le système illégal continue de fonctionner. Ce contexte illustre parfaitement le paradoxe des bonnes intentions face aux réalités complexes : sans une compréhension fine des enjeux, incitations et des effets d’une intervention, les mesures prises peuvent perpétuer ou aggraver les problèmes qu’elles cherchent à résoudre.
La vraie question n’est pas de savoir si les intentions étaient bonnes. C’est de comprendre que dans un système où le problème génère du profit, personne n’a intérêt à le résoudre vraiment.
Pourquoi les enfants haïtiens sont-ils fort demandés ?
La déstabilisation continuelle du pays est un facteur facilitant
Selon le rapport de 2023 de la Mission interministérielle relative aux pratiques illicites dans l’adoption internationale en France, « les enlèvements ou vols d’enfants, l’achat et la vente d’enfants sont souvent identifiés dans des contextes de crise politique, de régime de dictature, de guerre civile ou de catastrophes naturelles comme la coulée de boue d’Armero en Colombie après une éruption volcanique en 1985 et le tremblement de terre en Haïti en janvier 2010. Outre les situations de conflit, la pauvreté est également très fréquemment à l’origine de consentement extorqué aux parents . »
La défaillance de l’état est un facteur facilitant
La défaillance de l’État en Haïti constitue un facteur majeur facilitant le phénomène de la demande d’enfants haïtiens pour l’adoption internationale. Selon le rapport de Lumos (2017), environ 85% des orphelinats haïtiens ne sont pas officiellement enregistrés par l’État, ce qui crée un vide réglementaire important, rendant difficile le suivi, la protection des enfants et l’investigation des abus. Cette insuffisance d’encadrement est aggravée par la faiblesse institutionnelle structurelle du pays, marquée par un système judiciaire inefficace et un manque de contrôle administratif, ce qui laisse un terrain propice aux abus et à l’exploitation. Le gouvernement hérite d’un budget limité pour les organismes en charge de la protection de l’enfance, paradoxalement submergés par un nombre croissant d’enfants institutionnalisés, ce qui affaiblit davantage sa capacité à exercer un contrôle réel (Lumos, 2017).
Ainsi, la défaillance étatique dans la régulation forme un terreau fertile qui facilite les pratiques illicites entourant l’adoption internationale d’enfants haïtiens, exacerbant la vulnérabilité des enfants et des familles affectées.
La corruption est un facteur facilitant
La corruption est un autre facteur clé facilitant cette dynamique. Haïti est classé régulièrement parmi les pays les plus corrompus au monde, avec un score de seulement 16 à 18 sur 100 dans l’Indice de Perception de la Corruption (Transparency International, 2023-2024). Cette corruption endémique touche aussi le secteur public, où la dilution des responsabilités, l’impunité généralisée et le détournement de fonds minent les capacités de l’État à appliquer et faire respecter les lois, y compris celles liées à la protection des enfants. Des scandales de détournements massifs, notamment au sein de programmes humanitaires et de coopératives, ont paralysé l’action gouvernementale (Banj Media, 2023). Ce climat favorise le développement de réseaux illégaux exploitant les failles administratives et les souffrances sociales, où l’enlèvement et la vente d’enfants se développent à cause de négligences et de complicités institutionnelles ou administratives.
Selon Chantal Collard (2005), « les enfants en Haïti sont particulièrement vulnérables, représentant la moitié de la population totale du pays, et les familles haïtiennes font face à de nombreux défis. En plus des catastrophes naturelles, la population haïtienne a été affectée par des décennies d’instabilité politique et économique, des interventions étrangères récurrentes et des taux élevés de pauvreté extrême. En moyenne, les femmes haïtiennes ont cinq enfants, et, en tant que principales responsables des soins, les mères ont souvent du mal à subvenir adéquatement aux besoins de leurs familles. Un quart des enfants haïtiens ne vivent pas avec leurs parents biologiques : certains vivent avec des membres de la famille élargie, tandis que d’autres sont placés en dehors de la famille, soit dans des situations de travail domestique infantile, soit dans des orphelinats. »
Dans son article sur Haïti Triste terrain de jeu – À propos de l’adoption internationale, cette chercheuse explique que « l’analyse statistique par pays démontre que l’adoption internationale n’est pas un phénomène bilatéral entre États qui s’échangeraient des enfants, mais qu’il est unilatéral et que, de façon prédominante, le transfert des enfants se fait des pays pauvres vers les pays riches. Ainsi, Suzanne Hoelgaard (1998: 203) et Barbara Yngvesson (2000: 272) remarquent-elles que ces transferts créent une hiérarchie entre les nations, certaines n’ayant rien à donner que leurs enfants, alors que d’autres sont demandeuses et réceptrices de ces enfants.
(…) Haïti cumule trois des facteurs les plus courants contribuant à faire d’un pays un donneur en adoption internationale. La pauvreté est le principal, mais juste derrière se faufile la surpopulation. Ainsi que l’avait déjà noté Alfred Métraux à la fin des années 1950, Haïti est la région la plus densément peuplée des Amériques. (…) À ces facteurs généraux il faut ajouter le blocage de la circulation des enfants entre couches sociales différentes.
La pratique du placement en famille d’accueil, en particulier celui d’enfants issus de familles paysannes qui sont envoyés dans des familles en ville pour y être éduqués, recevoir un apprentissage et souvent y être exploités, a été depuis longtemps notée par les observateurs. Dans les années 1930, Melville Herskovits (1937: 103-104) y fait référence en parlant de « quasi-adoption » et souligne à quel point il s’agit là d’un phénomène courant.
« La domesticité juvénile en Haïti est une institution à tendance dominatrice dont les racines remontent au temps de l’esclavage et qui expose des individus mineurs des deux sexes à une forme de servage au profit d’adultes à qui ils ont été confiés » (Unicef 1998: 7).
L’adoption légale en Haïti n’est pas plénière. Les parents biologiques, lorsqu’ils sont connus et vivants, n’abandonnent pas leurs enfants, mais donnent uniquement leur consentement à leur placement. Légalement donc, les liens avec la famille d’origine ne sont pas coupés, ce qui serait d’ailleurs impensable dans la culture haïtienne. Cependant, presque tous les pays étrangers demandent à ce que toute adoption soit transformée en adoption plénière, et les parents biologiques sont régulièrement requis de signer des papiers à cet effet devant un juge ou un notaire. Plusieurs d’entre eux cependant, même lorsqu’on leur explique que cela entraînera une rupture irrévocable du lien de filiation avec leur enfant, continuent d’espérer que peut-être celui-ci viendra un jour les rechercher, faisant, de façon imaginaire, de l’adoption plénière un placement familial lointain et à long terme.
Même si l’adoption internationale place la République d’Haïti dans une position humiliante – comme c’était le cas, il n’y a pas si longtemps, de plusieurs pays industrialisés, maintenant exclusivement receveurs d’enfants, elle est tacitement encouragée par l’État comme solution au problème de l’enfance en difficulté et à celui de la pauvreté. D’un autre côté, elle est ouvertement dénoncée par certains comme constituant le dernier bastion du colonialisme et de l’esclavagisme.
Contrairement à ce qui se passe dans plusieurs autres pays source, il n’y aucune institution publique qui prend soin des nombreux bébés, enfants ou jeunes mineurs abandonnés. Les services sociaux haïtiens travaillent en partenariat avec des avocats, des crèches ou des orphelinats du secteur privé. (…) leur nombre tend à augmenter. Comme me l’a confié une employée de cet institut : « On découvre l’existence de nouvelles crèches parce que quelqu’un vient signaler leur existence. L’État n’a pas les moyens de faire des visites de surveillance ». Collard (2005)
L’adoption internationale est une fausse solution à un faux problème. (François Nau)
Cette phrase résume la thèse centrale de « Nan Non Sivilizasyon » (Au Nom de la Civilisation), publié en 2013 aux éditions JEBCA par François Nau, paysan et écrivain de La Vallée de Jacmel en Haïti. Dans son livre, il établit un parallèle saisissant entre le trafic d’enfants via l’adoption internationale et le trafic négrier historique. Il documente le système qu’il a observé dans les années 1970-80 dans sa région : un programme d’adoption utilisait le réseau religieux local — un prêtre catholique et les sœurs d’une école locale — pour recruter des enfants. Le mécanisme était simple et redoutable. Des recruteurs ciblaient les familles les plus vulnérables, leur promettant l’éducation et un avenir meilleur. Les parents signaient des papiers qu’ils ne savaient souvent pas lire.
Des centaines, peut-être des milliers d’enfants ont été arrachés à leurs familles ainsi. Leurs identités ont été systématiquement falsifiées : dates de naissance modifiées, lieux changés, noms de parents inventés. Un orphelinat intermédiaire servait de point de transit. Les enfants disparaissaient, devenaient « adoptables », et se retrouvaient dans des familles occidentales qui ignoraient souvent les conditions réelles de « l’adoption ». Après leur départ, plus aucun contact. Des parents ont passé des années à essayer d’avoir des nouvelles de leurs enfants disparus, en vain.
Ce n’est pas de l’histoire ancienne. Ce système n’a jamais vraiment cessé de fonctionner. Il s’est simplement adapté, professionnalisé, mondialisé.
François Nau a envoyé son ouvrage à la présidence haïtienne, au Sénat, à la Chambre des députés, à l’UNICEF, à l’UNESCO et à de nombreuses agences internationales. Résultat : silence total. Aucune enquête. Aucune réponse…
« Je wouj, Yeux rouges, est en Haïti un esprit mauvais qui possède le corps de ses victimes durant la nuit et les transforme malgré elles en loups-garous. Il trompe aussi les mères en les réveillant la nuit pour leur demander de lui donner volontairement leur enfant. »
A tous les haïtiens et haïtiennes,
A tous ceux qui ont Haïti dans leur cœur,
Les loups-garous vont et viennent
et trafiquent en plein jour nos frères et sœurs.
La corruption et la misère, sont un passe-droit pour l’enfer
Le seul moyen de mettre fin au trafic d’enfant en Haïti
C’est de devenir souverain et de nous délivrer de nos fers
Dire non à la corruption en étant, pour cette cause, tous unis.
En Amérique, Haïti est le 2e pays où le trafic d’enfants est le plus développé.
Que Dieu nous vienne en aide face à ce macabre et sordide record
Haïtiens, haïtiennes, pour nos enfants, ne restons pas les bras croisés
Avec la diaspora et nos amis étrangers, s’unir contre ce fléau et faire corps.
Nous sommes nombreux à connaître un enfant qui a disparu
soit dans un trafic, soit par le kidnapping, soit pour l’adoption.
Allons-nous faire comme si rien ne s’est passé ou qu’on a rien vu ?
Ou allons-nous prendre conscience qu’il est temps de prendre position ?
A tous les haïtiens et haïtiennes,
A tous ceux qui ont Haïti dans leur cœur,
Les loups-garous, la nuit, vont et viennent
et trafiquent dans des lieux sombres nos frères et sœurs.

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